Le point commun entre la bibliothèque du Vatican, les billets d'entrée pour le Mondial de football en Allemagne et certains lamas au Pérou? C'est l'identification par radio-fréquence (RFID), à laquelle les experts prédisent une croissance fulgurante.
Le principe de base, c'est une puce de la taille d'un gros timbre poste placée sur un objet ou un document. Les informations qui y sont stockées peuvent être lues ou transmises sans contact avec un lecteur situé au maximum à quelques mètres, par le biais d'ondes radio.
Les applications sont multiples. Déjà, des étiquettes électroniques sont installées sur des dossards de sportifs pour les repérer et les chronométrer à certains points de passage ou aux péages, sur des livres de bibliothèques pour gérer le prêt, ou sur les billets du Mondial pour identifier leur acheteur et lutter contre la fraude et le marché noir.
Au Pérou, certains éleveurs d'alpagas, une espèce de lama réputée pour sa laine, leur implantent une puce RFID derrière l'oreille pour décourager les voleurs. Certains imaginent déjà des micro-puces implantées sur les patients, avec en mémoire tout leur dossier médical.
D'après une étude récente de l'institut IDTechEx, les dépenses mondiales pour des technologies liées au RFID devraient passer de 1,85 milliard de dollars l'an passé à 12,35 milliards en 2010. Deutsche Bank Research, encore plus optimiste, a même estimé le potentiel d'ici 2010 à 22 milliards d'euros (26 milliards de dollars).
L'Allemagne est le pays européen qui jusqu'ici investit le plus dans des projets liés au RFID, devant la Grande-Bretagne et la France. Les applications semblent particulièrement prometteuses dans le domaine de la distribution, où la technologie devrait reléguer le code-barres aux oubliettes.
Deutsche Bank Research table sur 2,5 millions d'étiquettes électroniques dans les 15 plus anciens Etats membres de l'Union européenne d'ici 2008, dont presque un quart en Allemagne où le groupe Metro commence déjà à les utiliser. Il en présente d'ailleurs certaines applications au CeBIT, le salon high-tech qui se tient jusqu'au 15 mars à Hanovre (nord).
"On proclame que le RFID va marquer un changement de régime après plus de quarante ans de règne du code-barre. Mais les projets vont en réalité bien au delà", relève Stefan Heng, analyste de Deutsche Bank Research.
La technologie pourrait permettre de lutter contre la criminalité (l'identification des articles avec une étiquette RFID réduit les risques de vol ou de contrefaçon), ou encore améliorer l'efficacité: plus de rayon vide dans le magasin s'il signale lui-même quand le stock de produits baisse.
Le succès de la nouvelles technologie dépendra toutefois du coût des composants, ainsi que des efforts de standardisation. Une initiative en ce sens, baptisée EPC, est déjà soutenue par plus de 700 entreprises dans le monde.
Dernier obstacle, et non des moindres, les craintes des consommateurs concernant les risques pour la santé suscités par un "brouillard électronique", mais surtout les potentielles atteintes à la vie privée.
"Même si le cauchemar d'un client transparent, espionnable en permanence, est à relativiser, des concepts de sécurité sont nécessaires pour éviter l'accès non autorisé et la manipulation des données stockées", reconnaît Stefan Heng.
La Commission européenne a justement annoncé jeudi au CeBIT le lancement d'une consultation publique afin de déterminer s'il était nécessaire de réglementer l'usage de ces étiquettes électroniques.
"Il faut discuter ces questions, et voir jusqu'où le consommateur est prêt à accepter cette nouvelle technologie", a souligné la Commissaire à la société de l'information Viviane Reding lors d'une conférence de presse.
© Agence France-Presse
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